Épidémiologie
Santé mentale des jeunes : une dégradation qui a commencé avant la pandémie
Les symptômes dépressifs déclarés par les 18-24 ans sont passés de 38 % à 48 % entre 2022 et 2024. Attribuer cette courbe au confinement revient à ignorer qu’elle montait déjà depuis 2014.
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Les données convergent depuis plusieurs enquêtes indépendantes, et elles vont toutes dans le même sens. Entre 2022 et 2024, la proportion de jeunes présentant des symptômes dépressifs mesurés par auto-questionnaire est passée de 38 % à 48 %. Sur la même période, les symptômes anxieux ont progressé de 29 % à 39 %.
Ces ordres de grandeur sont considérables. Ils appellent d’autant plus de rigueur dans leur interprétation.
Ce que mesurent exactement ces chiffres
Les instruments utilisés sont le PHQ-9 pour la dépression et le GAD-7 pour l’anxiété, avec un seuil fixé à 10 dans les deux cas. Ce sont des questionnaires remplis par la personne elle-même, validés et largement employés en recherche.
Leur intérêt est de permettre une comparaison dans le temps et entre populations : le même instrument, le même seuil, d’une vague d’enquête à l’autre. Leur limite est tout aussi nette : un score au-dessus du seuil n’est pas un diagnostic. Il signale une probabilité élevée de trouble, qu’un examen clinique confirmerait ou non.
La courbe a commencé à monter avant 2020
C’est le point le plus souvent perdu. L’enquête EpiCov, conduite par l’Inserm et la DREES, documente une hausse de la prévalence des syndromes dépressifs chez les 15-24 ans depuis 2014. La crise sanitaire n’a pas créé la tendance : elle l’a prolongée, et probablement accentuée.
Cette chronologie a des conséquences directes sur l’interprétation. Une explication reposant uniquement sur les confinements devrait prédire un retour progressif aux niveaux antérieurs une fois les restrictions levées. Ce n’est pas ce qu’on observe.
Quatre hypothèses, inégalement étayées
| Hypothèse | Ce qui l'appuie | Ce qui la limite |
|---|---|---|
| Meilleure reconnaissance et moindre réticence à déclarer | Évolution des représentations, campagnes de sensibilisation | N’explique pas la hausse simultanée des passages aux urgences |
| Usage des réseaux sociaux | Associations transversales répétées, surtout chez les jeunes filles | Sens de la causalité non établi ; tailles d’effet débattues |
| Contexte économique et incertitude sur l’avenir | Gradient net selon la situation financière | Difficile à isoler des autres déterminants sociaux |
| Dégradation de l’offre de soins psychiques | Délais d’accès documentés, densité de praticiens | Explique l’aggravation des cas, moins leur apparition |
Aucune de ces pistes n’est exclusive des autres. La question ouverte n’est pas laquelle est vraie, mais quelle est la part de chacune — et sur ce point, les données disponibles ne permettent pas de trancher.
Les jeunes femmes, un signal constant
L’augmentation des pensées suicidaires observée entre 2020 et 2022 a été plus marquée chez les moins de 25 ans, et particulièrement chez les jeunes femmes. Cet écart entre sexes se retrouve dans la plupart des enquêtes internationales, ce qui rend peu probable un artefact propre au dispositif français.
Il faut rappeler ici une asymétrie bien établie : les femmes rapportent davantage d’idées suicidaires et font davantage de tentatives, tandis que la mortalité par suicide reste plus élevée chez les hommes. Les deux constats coexistent et renvoient à des réalités différentes.
Ce que l’étude Mentalo doit apporter
Coordonnée par l’Inserm et l’université Paris Cité, l’étude Mentalo est toujours en cours en 2026. Sa conception participative, associant des jeunes à l’élaboration des questions, vise à corriger un biais classique de ce champ : des instruments construits par et pour des adultes.
Ses premiers résultats confirment la solidité des tendances rapportées ailleurs. Elle ne résoudra pas pour autant la question des causes, qu’aucune enquête transversale ne peut trancher seule.
Une prévalence qui monte partout de la même manière est rarement un artefact de mesure. Une prévalence qui monte partout n’explique pas pour autant pourquoi.
Ce que ces données autorisent à conclure
- Solide : la dégradation est réelle, durable, et antérieure à la pandémie.
- Solide : elle touche davantage les jeunes femmes et les personnes en difficulté financière.
- Incertain : la part revenant à une meilleure déclaration plutôt qu’à une hausse réelle.
- Non tranché : le rôle causal des réseaux sociaux, malgré l’abondance des publications.
Sources scientifiques & références
Chaque affirmation factuelle de cet article renvoie à l’une des références ci-dessous. Les liens ouvrent les documents originaux.
Source institutionnelle
Santé mentale — dispositifs de surveillance et baromètres
Santé publique France
santepubliquefrance.fr
Source institutionnelle
DREES — Ministère de la santé · 2025
drees.solidarites-sante.gouv.fr
Source institutionnelle
Santé mentale des jeunes en France après la pandémie de COVID-19
Fondation FondaMental
fondation-fondamental.org
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